Ados et enceintes : zoom sur ce phénomène

Tous les ans en France, 10 000 adolescentes deviennent mères. Un chiffre stable depuis plusieurs années. Du côté des IVG (Interruptions volontaires de grossesses), leur nombre est tout aussi élevé chez les mineures. En 1990, on dénombrait 8700 avortements, par an, chez les jeunes filles. Ce chiffre est passé à 12 000 pour les 15-17 ans en 2009. Comment expliquer ce phénomène ? Le célèbre gynécologue et obstétricien, Israël Nisand, répond à nos questions…

Les moyens de contraception sont aujourd’hui nombreux. Comment expliquer que le nombre d’IVG chez les adolescentes stagne. Sont-elles plus insouciantes qu’à l’époque ?

En réalité les grossesses adolescentes sont moins nombreuses qu’autrefois, mais aujourd’hui, les jeunes avortent plus. On ne peut pas dire qu’il y a plus d’insouciance, au contraire. Ces chiffrent s’expliquent par le fait qu’il n’y a aucune information à l’école. En plus de cela, il n’y a pas confidentialité concernant la prise de contraception.

Les grossesses adolescentes touchent–elles un milieu social plus qu’un autre ?

Non, ce phénomène touche tous les milieux. Néanmoins, les conséquences sont moins graves lorsqu’elles interviennent chez des jeunes filles favorisées, qui restent davantage scolarisées. Une étude a montré que le niveau scolaire des parents influençait directement sur celui des enfants.

 Il y a t-il plus d’IVG chez les jeunes filles où la pression culturelle ou religieuse liée à la virginité sont considérées comme essentielles ?

Oui. Pour ces jeunes filles, avoir un rapport sexuel, c’est pêcher. Mais dans leur tête c’est encore plus grave de prendre une contraception, qu’elles considèrent comme un « pêché prémédité ». Du coup, elles ont moins recours à la pilule. Chez les dogmatiques, l’IVG est considéré comme une punition pour la femme. Ces derniers, notamment les catholiques, sont d’ailleurs très remontés contre la gratuité de la contraception que nous proposons dans le dernier rapport sur la contraception des adolescentes.

Quel regard portez-vous sur les séries à succcès comme « Clem » ou les films comme « Juno » traitant de la maternité chez les ados ?

Les films comme « Juno » donnent l’illusion que la grossesse à 16 ans, c’est super ! Ca peut donner des envies. « 17 filles », ce fait divers américain où un groupe d’adolescentes décident de tomber enceinte en même temps, à peu de risque de se produire en France. Néanmoins, il est important de préciser qu’il arrive que certaines jeunes filles trouvent dans la maternité une réponse à leur échec scolaire. Et dans ce cas précis, c’est une mauvaise réponse à une bonne question. La grossesse devient une opportunité pour arrêter l’école. Voilà pourquoi dans notre établissement, lorsqu’on suit une mineure enceinte, on veille à ce qu’elle reprenne le chemin de l’école.

 

Grossesses précoces aux Etats-Unis et en Angleterre : taux records

D’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), chaque année, 16 millions de jeunes filles, âgées de 15 à 19 ans, accouchent dans le monde. Parmi les pays industrialisés, les Etats-Unis et l’Angleterre se placent en tête. En effet, le Royaume-Uni a le taux de grossesses à l’adolescence le plus élevé d’Europe occidentale. Il s’élève à 26 pour 1000 (Statistiques sanitaires mondiales 2009). Même constat aux Etats-Unis où le taux de grossesses précoces, malgré qu’en légère baisse, demeure inquiétant. Selon un rapport des Centres pour la prévention et le contrôle des maladies, en 2009, 410 000 adolescentes de 15 à 19 ans ont accouché, soit un taux de grossesses de 39 pour 1000 parmi cette population. A titre de comparaison, il est de 14 pour 1000 au Canada, 5 pour 1000 au Japon, 6 pour 1 000 à Singapour, et environ 8 pour 1000 en France et en Allemagne. La Hollande est l’un des meilleurs élèves d’Europe avec un taux de 4 pour 1000. Pour les spécialistes, il s’agit d’un effet direct de l’éducation sexuelle, qui commence, aux Pays-Bas, dès l’école primaire. A bon entendeur…

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